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Supervision collective

Compte-rendu de la journée du 14 décembre 2014


La journée a débuté comme à son habitude, dans l'ambiance feutrée de la salle de cours et avec la joie des rencontres espérées et des rencontres surprises.

Tout le monde assis, cette joie à peine décantée, Charles Rodà propose à chacun de commencer par faire état de sa présence, en bonne et due forme. Il nous rappelle l'utilité de cet exercice fondamental : trente secondes de silence et une minute trente de partage pour aborder cette journée de supervision avec authenticité. Cet exercice devrait, nous dit-il, être réalisé 200 fois par jour ! C'est celui qui nous permet de nous « re- » stabiliser de façon correcte, sachant qu'à tous moments, en toutes circonstances, notre totalité est sollicitée de façon profonde pour que nous nous adaptions tant bien que mal à des actes ou des rencontres que nous faisons, volontairement ou pas. Le syndrome général d'adaptation, comme l'a défini Hans Selye, autrement dit ce que l'on nomme communément « stress » et qui en réalité constitue le sens de l'existence de notre capacité à nous adapter à notre environnement devrait pouvoir être dévoilé pour que nous ne soyons pas condamnés à vivre continuellement sur un mode réactionnel (par la parole, les gestes, les émotions). Évidement, ces manifestations de la vie nous rattrapent constamment d'où l'intérêt d'apprendre à les repérer efficacement en pratiquant par exemple cet exercice ultra-rapide le plus souvent possible. Identifier notre « climat » intérieur avant d'offrir une réponse au monde qui nous entoure est la meilleure façon de s'y adapter. Charles Rodà en profite pour nous rappeler au passage combien la répétition vivantielle s'applique à cette technique tant nous avons un corps de mémoire.

L'exercice nommé « l'état de la présence » est le bienvenu. Il libère la parole de 5 personnes qui livrent successivement leur sentiment de la situation tel qu'elles l'éprouvent en profondeur ce dimanche matin, ici, maintenant assis sur leur fauteuil. L'exercice est beau tant il est pur et fondamental. La pratique appelant la pratique, notre superviseur nous propose d'entrer en matière avec la révision de la première des deux techniques inscrites au programme du jour à savoir la formulation positive d'un souhait.

Comme à notre habitude de sophrologues mus par une conscience responsable, il convient de nous immerger à travers cette simple proposition dans une démarche incontournable : pour expliciter la technique, Charles Rodà engage alors un « brainstorming » dans lequel fusent de toute part de la salle toutes les bonnes idées référentielles du deuxième degré de la relaxation dynamique. Le superviseur, sourire aux lèvres car fier de cette floraison intellectuelle vivace ne souhaite évidemment pas en rester là. Il précise à nouveau les contours de cette technique qui consiste à formuler un souhait pour soi mais aussi pour les autres (rappel de la valeur sophronique, c'est à dire l'extériorisation, le phénomène d'expansion si cher à notre discipline). Puis le problème posé par Charles Rodà étant clair : comment ne pas tomber dans le piège du « moulin à prière », du rabâchage puéril qui consisterait à prendre ses désirs pour des réalités. Autrement dit, comment faire pour conforter cette technique dans sa valeur épistémologique et de ce fait, assurer au pratiquant l'objectif d'efficacité dont il pourrait douter parfois tant les techniques sont simples comme bonjour ? En débattant tels des hommes et des femmes au centre de l'agora alsacienne, la question se pose de savoir si justement la formulation officielle proposée dans sa méthode par Alfonso Caycedo fusse-elle bien appropriée. Ne pourrait-elle pas être actualisée, adaptée dans un langage qui permette à chacun de se libérer du geste incantatoire (la fameuse « formule » magique…) que peut facilement induire la formulation originale avec ses accents désuets « Puissé-je avoir la paix – puissent mes êtres chers avoir la paix – puissent tous les êtres avoir la paix. »? Alors oui, trouvons une façon plus efficace d'intégrer ce souhait positif, mettons-nous d'accord sur les termes les plus justes qui impacteront profondément notre conscience avec la répétition vivantielle. Ces déterminants linguistiques, cette syntaxe appropriée sonnerait plutôt ainsi : QUE / COMMENT puis-je FAIRE pour…, QUELS SONT LES EFFORTS qui me permettraient de… etc., ce qui prend une allure complètement différente. En somme un vocabulaire qui maintient notre conscience en état de responsabilité, un vocabulaire qui nous libère du doute et de l'illusion. Une franche programmation cellulaire qui tôt ou tard résonnera puisque la réponse est déjà, quelque part, connue de notre âme. Cette paix que nous pouvons souhaiter pour nos êtres chers et pour tous les êtres – pour l'espèce humaine en général dont nous dépendons (nous pouvons étendre assurément la qualité d' « Êtres » aux animaux, c’est urgent aujourd’hui – intégrons-les en pleine conscience !).

Alors la pratique débute debout tranquillement, puis assis, statiques et recueillis, puis à trois reprises – luxe de la simplicité – nous sommes invités à prendre la posture assise dynamique pour rencontrer cette syntaxe renouvelée, toujours plus positive, véritablement sophrologique.

Après la description vivantielle, le plaisir de partager encore autour d'une infusion de plantes, de reprendre pour certains le cours de leur historicité mis entre parenthèse durant cette première étude aussi rigoureuse que détendue et nous regagnons nos places, enthousiastes pour découvrir la suite du programme.

La question de la « surdouance » est abordée au travers d'un cas individuel qui de fait n'a jamais été vraiment diagnostiqué. Qu'à cela ne tienne, les aprioris et interprétations de la sophrologue seront mis en lumière grâce à une présentation vidéo projetée du phénomène de « surdouance » (être « surdoué ») ou ce que l'on préfère définir aujourd'hui comme personne « à haut potentiel ». Les avancées épistémologiques dans ce domaine sont plutôt encourageantes même si le consensus n'est toujours pas établi. Reste à la sophrologue à proposer ou non à la personne qui la consulte la possibilité pour elle de recourir à cette démarche de dépistage.

Vient ensuite la présentation d'un cas de spondyloarthrite axiale. Simplifiée à son extrême, la présentation visuelle et orale du Docteur Rodà nous permet de cerner plus sereinement les enjeux de cette atteinte inflammatoire de la colonne vertébrale sans pour autant nous perdre dans les variantes et subtilités de la maladie qui relèvent de toutes façon des compétences du médecin. Une fois avertis, notre seul objectif sera de montrer comment apprivoiser la douleur, la gérer, la réduire et peut-être s'en débarrasser le plus clair du temps ! Après tout n'est-ce pas là une question fondamentale d'attention ? Le travail n'en est pas moins ardu pour la personne qui s'engage avec nous sophrologues, mais est-ce mieux de céder à la dépendance antalgique chimique ? Encore une fois un choix stratégique conscient s'impose quand au devenir existentiel de la personne à long terme…

Pour suivre, une collègue, sophrologue expérimentée et très active, nous livre son interrogation profonde face à un cas pour le moins déconcertant : elle va bientôt accueillir un groupe de femmes qui ont toutes eu recours à la prostitution. L’inexpérience du groupe dans le domaine semble évidente et nous renvoie chacun à notre réalité objective. Par analogie est discuté l’attitude du sophrologue face à d’autres situations inhabituelles telle que sophrologie en milieu carcéral, ou auprès de toxicomanes etc… Les interventions se veulent empathiques et rassurantes ce qui permet peu a peu de conforter notre collègue dans ce qu’elle savait déjà d’ailleurs et qu’elle n’avait pas osée se formuler à elle même. Quoi que ! C’est que c’est elle qui est en cause face à sa propre conscience. L’appréhension d’être confronté à un public inhabituel est tout ce qu’il y a de plus légitime et nous renvoie à la nécessité de nous préparer à toute rencontre sans a priori sans préjugé et de laisser apparaître ce qui apparaît avec une attitude phénoménologie authentique.

Là comme ailleurs nous sommes confronté avec la nécessité d’être dans cette attitude juste qui doit présider à notre engagement de sophrologue. Ce ne sont pas des prisonniers, des addictifs en tous genres, des scléroses en plaques ou des spondyloatroses axiales que nous avons à rencontrer pas plus que des prostitués mais des personnes. Des personnes touchées, blessées, meurtries qui souffrent dans leur corps et dans leur esprit certes mais des personnes vivantes habitées par la vie tout comme le sophrologue. Accueillir ces femmes dans un amour véritable sera certainement gage de réussite, la confiance établie lors de cette première rencontre, l'alliance n'en sera que renforcée pour permettre à ses femmes d'aborder l'expérience vivantielle avec courage.

Nous avons prévu ensuite de mener une réflexion sur le syndrome de spasmophilie, toujours à la demande de nos chers collègues réunis aujourd'hui. Cela tombe très bien puisque Charles Rodà dispose d'une expérience toute particulière concernant cette question. Pour avoir fréquenté lorsqu'il faisait ses études de médecine le Pr. Henri-Pierre Klotz, notre superviseur est à même de bien présenter les tenants et aboutissants de ce qui en réalité ne constitue pas une maladie mais plus justement un état d'être. Un simple schéma réalisé au feutre sur le tableau d'écriture nous permet de (re)découvrir le principe du phénomène. À partir de là, les objectifs sophrologiques se dessinent dans nos esprits et les propositions ne se font pas attendre. Même si l'on en revient une fois de plus aux fondamentales et malgré les très nombreux paramètres médicaux volontairement réduit par nécessité globalisante, la sophrologie se révèle être un apport conséquent dans la gestion du cas spasmophile. « Être spasmophile et bien portant » n'est pas une vue de l'esprit, c'était la vision d'un brillant médecin, humaniste dont nous nous sentons ce dimanche un peu les disciples légitimés. Quel bonheur de s'engager pour aider les autres avec autant de liberté !

Puis un nouveau cas déroutant se présente au groupe : une personne atteinte du trouble de dépersonnalisation à qui la sophrologue propose une première sophronisation de base se met subitement à bavarder, les yeux fermés, pris au piège de ses représentations mentales. « Que faire ? » demande notre collègue désemparée… En effet, nous sophrologues avons peut-être tendance, par manque d'expérience, à sous-estimer ou oublier le pouvoir des exercices simples lorsqu'il pourrait s'agir de proposer à une personne en grave souffrance mentale de mettre en jeu un acte de conscience aussi déterminant que l'attention. Si le protocole classique dans ce cas est trop compliqué, nous avons à notre disposition d’autres exercices encore plus simples auxquels il nous faut revenir ! par exemple proposer à la personne assise, de porter son attention exclusivement sur sa respiration en lui proposant un cycle carré (inspir – rétention prolongée – expir – rétention prolongée – etc.), lui proposant pourquoi pas d'essayer de compter chaque cycle, ce qui lui permet de canaliser autant que possible son attention. N’ayons pas peur de ne pas commencer par une sophronisation, exercice déjà bien complexe pour certains et limitons-nous à la plus simple des simplicité.

La journée s'étant écoulée, il nous faut conclure avec la question déontologique. Charles Rodà nous rappelle quelques principes de bon sens concernant notre attitude face à la sauvegarde de toutes les informations que nous pouvons recueillir en tant que sophrologues de personnes nous confiant leurs difficultés. Il conclu en faisant référence à quelques articles de loi encadrant le « secret médical » mais aussi le devoir de confidentialité et les peines encourues si ce devoir est transgressé.