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Supervision collective

Compte-rendu de la journée du 8 février 2015

 

L’exercice de « réalisation de l’état de la présence » marque certainement pour un temps indéterminé la mise en place d’une nouvelle habitude au sein du groupe pour introduire de la façon la plus efficace ces journées de supervision. Aujourd’hui, 24 sophrologues, étudiants et professionnels présents, autant d’ambiances intérieures différentes. Le monde de l’invisible – ou plutôt pas toujours perçu – celui des sensations, des sentiments et des plus infimes émotions s’offre aujourd’hui sans détour comme un échauffement vivantiel incontournable.

Ainsi bien préparés, Charles Rodà nous propose de régler immédiatement une des questions déontologiques des plus préoccupantes parmi celles que peuvent se poser les sophrologues, à l’instar de tout professionnel qui offre un service (ou vend un produit) dans un cadre relationnel pas souvent idéal. À cette question « peut-on refuser un client ? », les réponses se font concrètes, appuyées par un diaporama bien structuré nous rappelant les divers droits et devoirs (références juridiques et lois à l’appui) que tout un chacun peut avoir en conscience pour vivre sa pratique et se libérer, au fil du temps, de ses carcans mentaux mêlés d’hésitations, de doutes et bien souvent de culpabilité. S’appuyant aussi sur des cas rencontrés, nous discutons les uns et les autres sur la meilleure façon de concilier disponibilité du cadre juridique, principe de réalité objective et contre-indications dans un esprit qui toujours demeure soucieux d’affûter notre force de sophrologue – notre conscience – toujours plus claire et sereine. Un symbole à retenir de cet exposé est sans nul doute cette image fantastique de deux célèbres statues enlacées sous-titrée « la Liberté embrasse la Justice »

Nous en venons ensuite aux thèmes spécifiques. Encourager les participants d’une séance de groupe à partager leurs phénodescriptions serait-il si compliqué ? Avant toute réponse, qu’est-ce donc exactement que la « phénodescription » et pourquoi dit-on parfois « description vivantielle » ? est-ce différent ? Biensûr. Ainsi vous comprenez comment, lors des journées de supervisions collectives, chaque discussion est toujours l’occasion d’expliciter les choses les plus évidentes afin que celles qui le sont moins puissent se découvrir dans une lumière plus nuancée, afin qu’elles se prêtent dès notre retour à la maison, au travail ou dans notre propre cabinet à une expérimentation véritablement créative. L’influence, plus qu’une capacité chez le sophrologue est aussi un outil professionnel. En sophrologie, la « ligne » directrice, le chemin existentiel propre à chacun se dessine de préférence spontanément, accueilli simplement par le sophrologue. Mais certainement que cette ligne peut être épaissie (l’encouragement, dans un phénomène d’alliance exclusivement) et parfois même influencée (attitude plus directive du sophrologue, en respectant néanmoins l’intégrité propre de la personne).

Déjà 10h30, nous marquons une pause enjouée. Les voix s’entremêlent… de nouvelles rencontres ou encore le désir pour nous d’approfondir nos fréquentations.

Vient le moment tant attendu pour certains (et qui s’en passerait donc ?) d’une pratique bien singulièrement énoncée : Substitution de l'objet neutre par une image pas neutre du tout : notre propre image ! Charles Rodà délivre avec toute la pédagogie que nous lui connaissons un terpnos logos explicatif des plus renouvelés. Pointer tout d’abord le fait que les pratiquants qui affirment éprouver des difficultés à se représenter un simple objet imaginaire sont bien souvent et paradoxalement ceux chez qui cette formidable capacité à imaginer fonctionne pour ainsi dire continuellement en mode « automatique » est un argument tout simplement implacable ! et oui, nos représentations affluent sans effort au quotidien et pourtant, quand il s’agit de s’entraîner à les faire apparaître intentionnellement, cela nous paraît soudainement beaucoup plus difficile (pourquoi ne pas dire tout simplement inhabituel ?). Deuxième mise au point essentielle : ce ne sont pas les images (le résultat de l’acte d’imagination) qui ont pouvoir de transformation mais bien la prise de conscience que nous demeurons à l’origine de ces apparitions, qu’elles soient volontaires ou involontaires. Soit dit en passant, la SPI (sophro présence immédiate) abordée très rapidement et souvent de façon abusive par certains sophrologues est en réalité une forme d'induction (héritage de l'hypnose) qui nous fait du bien sur le moment mais qui n'a certainement pas les qualités transcendentales – donc le pouvoir de transformation – d'un travail présentiel véritablement phénoménologique. Ainsi nous est proposé dans cet exercice du deuxième degré de la relaxation dynamique d'utiliser tout d'abord notre capacité d’imagination en mode « manuel », en prenant conscience de l'acte par lequel la visée intentionnelle se réalise (l'apparaître de l'image au détriment de l'image apparue). Notons au passage une subtilité technique vraiment efficace développée par Charles Rodà consistant à pratiquer l'activation alternative, c'est à dire une permutation courte et répétée (mise en jeu d'une sorte d'interrupteur virtuel « marche/arrêt ») de l'apparition et de la disparition de cette image, de façon à prendre conscience aussi de notre capacité de contrôle absolu sur cette capacité à imaginer. Suréquipés nous sommes ! Après une première phase de concentration sur cet objet neutre (phase de contemplation externe), nous substituons l'image de cet objet par notre propre image, toujours en nous interdisant tout jugement. Ainsi nous nous faisons entrer personnellement dans le monde des objets et ses lois perceptives (à savoir que les objets ne sont perçus toujours que de manière parcellaire, notre mental recalculant instantanément et sans cesse les concepts complémentaires visant à « comprendre » l'objet à défaut de se saisir de son essence). Il faut alors prendre conscience du phénomène et s’abstenir de juger tel ou tel résultat (en bien comme en mal, beau comme en laid…). Justement, pour tenter une approche véritable de notre essence nous passerons ensuite par une contemplation interne pouvant, si nous le souhaitons, garder à l'esprit cette image de nous-même. Nous reliant alors à cette double phénoménalité de nous percevoir tantôt comme objet tantôt comme sujet (rappelons la tendance de l’attention à être exclusive sinon diluée), nous entrons naturellement en contemplation senso-perceptive, ce qui nous amène à recueillir les sentiments positifs, donner de manière intuitive le sens et les valeurs qui découlent de cette attitude soigneusement conquise. Apprendre ce processus et le répéter souvent est certainement l'un des moyens les plus concrets de parvenir à renforcer son amour propre. C'est au-delà une stratégie de plus dans notre pratique pour percer les mystères du réel.

En fin de pratique, un participant partage sa vivance, laquelle est passée au crible de l'analyse vivantielle (nous sommes entres sophrologues et aussi présents ces journées de supervisions pour aller un peu plus en profondeur.)

La présentation du thème qui suit propose des solutions pour faire face à l'agressivité de possibles élèves, patients, clients. Face à ce type de phénomènes, l'arme principale du sophrologue c'est le retour au cadrage. Lorsque l'excitation manifestée est plus virulente, ceci peut nous conduire à verbaliser des sommations et invoquer forces de polices, ambulances si nécessaire. Dans tous les cas, le(la) sophrologue doit faire preuve de courage tout en restant calme. Deux qualités largement entraînées depuis sa formation, n'est-ce pas ?

Même chose concernant les phénomènes de séduction – notamment de transfert — dont les psychiatres s'accommodent avec une certaine complicité mais auxquels nous sophrologues devons être absolument attentifs pour ne pas corrompre l'alliance (phénomène de rencontre précieux) qui devra rester notre objectif relationnel du début à la fin de chaque rencontre. Surtout qu'il est très difficile de déterminer si ces comportements sont de nature plutôt sympathique ou perverse. Justement, au fil de cette vidéoprojection nous parvenons au paroxysme de ces comportements psycho-pathologiques avec le cas de perversion narcissique qui sans nul doute représente la plus grande menace pour la relation humaine.

Nous passons ensuite à l'étude de nos moyens dans l'accompagnement des personnes atteinte d'un cancer du sein. Il est bon de le rappeler sans cesse : Nous ne nous occupons pas des maladies mais des êtres qui les supportent. Une approche globale consiste tout d'abord à prodiguer quelques conseils de bon sens concernant la nutrition et l'hygiène de vie (pour éviter les toxiques, diminuer, voire supprimer quelques aliments dans la mesure du raisonnable, pour veiller à l'importance de son sommeil). Et pour une fois, quand bien même l'esprit des ces journées professionnelles étant à l'opposé de celui d'une sorte de foire aux protocoles « miracles », Charles Rodà redonne ses lettres de noblesse aux techniques les plus fondamentales pour nous éclairer sur ce sujet. Déployer toutes les qualités d'une sophronisation de base vivantielle, identifier les apports spécifiques du SDN en rapport à la problématique du cancer, conforter la stimulation vitale dans sa force intrinsèque est déjà en soi brillant. La recherche sophrologique avance à l'Académie de Mulhouse où l'enseignement se profile dans un sens toujours plus clarifié, essentiel et exempt de redondances. C'est ainsi que la plupart des participants ce matin découvrent avec satisfaction la terminologie développée actuellement par l'Académie de Sophrologie et son réseau pour désigner la technique de respiration VIPHI : RSIT : Respiration Synchronique d'Intégration Tissulaire. Soyons pragmatiques, nommons juste, après tout, qu'est-ce donc d'autre ou de plus que cela ? Dans ce cas clinique, RSIT de niveau 1 (pour intégrer d’avantage sa peau et ses muqueuses), de niveau 2 (pour intégrer ses muscles) et même de niveau 4 pour la vivance de ses organes (système lymphatique et immunitaire) sont des propositions tout à fait intéressantes sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour aider ces femmes affaiblies à reprendre le contrôle de leur existence.

Le thème suivant concerne l'adolescence et ses contradictions. Dommage pour une personne sportive classée, dynamique, ne demandant qu'à se surpasser mais bloquée par une image d'elle-même désagréable. À 14 ans, de nos jours, une jeune fille est trop facilement en proie aux sirènes de ses miroirs (pubs, médias, internet, etc.). Le but pour son accompagnatrice sophrologue consisterait donc à l'initier tranquillement à la phase préparatoire, de façon à ce qu’une fois bien maîtrisée cette dernière, l’adolescente puisse aborder avec confiance la contemplation externe et puis de faire ce fameux renversement objet/sujet qui la conduira progressivement à se reconsidérer de manière profitable en pratiquant la contemplation senso-perceptive.

Un autres cas, celui d'un adolescent de 17 ans, bien entouré dans sa famille mais perturbé par les comportements de certains de ces camarades de classe à son égard. Là aussi, l'accès progressif au deuxième degré lui fera vivre la gravitation terrestre avec une conscience nouvelle. L'activation des différents paramètres de temporalité peut lui permettre aussi de travailler sur une manière différente d'être au monde et l’aider à mettre plus facilement à distance ce qui n’est pas de lui.

Le problème suivant est celui de la solitude, de l'addiction, la dépression. Un problème difficile mais pas insolvable. Les personnes dans ce contexte sont bien souvent de bonne volonté en votre présence mais trouvent très laborieusement le levier d'inversion de leur processus herméneutique. Charles Rodà nous rappelle cette règle d'or : respecter le rythme de chacun est un de nos meilleurs atouts, qui plus est dans cette situation où tact et mesure sont continuellement requis.

La fibromyalgie est un syndrome caractérisé par des douleurs diffuses dans tout le corps, associé à une très grande fatigue et à des troubles du sommeil. Heureusement, pas de complications graves mais bon nombre de personnes qui en souffrent ne peuvent malheureusement pas réaliser (ou péniblement) leurs activités les plus diverses et élémentaires. C'est donc un problème majeur face auquel le corps médical se sent généralement démuni. Écarter les idées reçues et les interprétations hasardeuses permettra tout d’abord à ces personnes atteintes de fibromyalgie une reconnaissance réelle de leur souffrance. Parmi les divers outils sophrologiques que nous pouvons utiliser dans pareils cas, citons l’état de la présence, la concentration sur l’objet et sa substitution par le sujet, les manences et rétromanences, la RSIT (respiration synchronique d’intégration tissulaire de type 2), les rencontres avec la première des grandes valeurs de la conscience et les deux valeurs qui en découlent (responsabilité et dignité). Voici de quoi faire pour un petit moment !