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Supervision collective

Compte-rendu de la journée du 6 juin 2016

Nous commençons cette journée de façon pratique, avec une activation du paramètre de présentation – présence du sentiment profond qui habite chacun des 33 participants – Charles Rodà nous amène paisiblement mais promptement, tel un passeur, jusqu'aux rives de notre espace de conscience après quoi chacun, chacune découvre ce qui peut-être renforcé en soi pour vivre cette journée avec plénitude.

Trois personnes s'offrent le privilège de décrire leur expérience puis Charles Rodà reprend la parole pour introduire les thèmes proposés aujourd'hui : il est toujours utile de bien comprendre l'objectif de ces supervisions collectives, au-delà évidemment des petites recettes ou tuyaux que nous pourrions attendre d'acquérir lors de ces rencontres et pour cela, notre superviseur utilise une métaphore très efficace : « revisiter nos partitions afin que la musique sonne toujours juste »

Nous entendons rapporté aujourd'hui que certains sophrologues verraient dans le recours à la psychothérapie (pour eux même) un sine qua non pour assurer leur mission d'accompagnateur. Le débat s'anime rapidement… La question est en effet sensible car elle touche à notre réalité objective. Après tout, n'est-il pas ambitieux de penser que la sophrologie à elle seule peut suffire à aider le sophrologue (qui plus est le professionnel) à résoudre ses propres problèmes psychologiques ? d'un point de vue phénoménologique, le recours à une psychothérapie devrait être motivée en réalité par un désir de fréquentation d'éléments extérieurs (un lieu, une écoute, des idées, un(e) praticien(e), une voix, un visage, etc.). Qu’allons-nous chercher d’autre exactement ? Serions-nous à ce point si peu confiant envers notre discipline agissant directement à la source des potentialités de notre conscience? Si tel serait le cas, alors oui, nous trouvons peut-être une partie de la réponse à la question qui fait que le sophrologue trouve ses limites et en prenne conscience. La bonne nouvelle n’est pourtant pas inconnue : s'entraîner encore et toujours, jusqu'à ce que cette confiance soit indestructible. D'ailleurs la phénoménologie elle-même – dont s’inspire notre discipline – se présente comme l'apogée de tous les courants philosophiques et marque en quelque sorte leur fin (la phénoménologie honore plus volontiers la métaphysique, laquelle fût tombée en désuétude). La méthode élaborée par le mathématicien Husserl est une rupture, un changement de paradigme pour l’Être qui pense. Partant de ce constat, considérons la sophrologie comme une humble et digne ambassadrice de la science des sciences, laquelle devrait en pratique mener la conscience humaine à des états encore jamais atteints. Quand à la nécessité des séminaires de remise au point, la supervision du sophrologue – collective ou individuelle – ce n’est pas notre directeur, le médecin, qui nous en signalerait la contre-indication !

Le thème proposé ensuite est un questionnement au sujet des capacités. La question est posée avec humour et notre groupe, qui jouit déjà des premiers effets bénéfiques de cette rencontre trimestrielle, répond maintenant avec plus d’aise et de certitude. Savoir-faire / savoir être sont les termes clés que nous pouvons intégrer à notre mémento pour renforcer nos terpnos logos explicatifs. Nous révisons aussi pour l’occasion la notion d’intégration dynamique de l’Être pour être certain de bien situer le phénomène dans son contexte épistémologique. C’est ainsi que les potentialités ont une chance de muter en capacités et les capacités en compétences. Pour finir, revenant sur le cas de la ménopause puisque l’exemple était cité dans la question adressée au directeur, en aucune façon ne saurait-on assimiler l'acte de procréation/reproduction à une capacité dans la mesure où celle-ci nous serait donné à titre temporaire. Or comme nous le savons, les capacités sont intemporelles. Bien des cas sont discutables, certes mais il faut faire preuve de discernement et à moins d’une réduction volontaire ou d’une destruction des structures biologiques de la conscience due par exemple à une maladie dégénérative, aucune capacité ne serait appelée à se perdre fondamentalement. La procréation n’est donc pas du domaine du savoir faire mais un capital qui nous est donné pour un temps bien défini (de même que notre propre corps trouvera tôt ou tard ses limites et sera abandonné par la vie – que notre esprit l’accepte ou non)

C'est une évidence, l'univers et son énergie réveille et agite certains doutes dans la profession. Lorsqu’on observe aujourd’hui ce qui se répand et se multiplie sur internet, on aurait tort de croire que les choses sont acquises. À nous d'expliciter ces notions subtiles avec tact et justesse, de garder au besoin une certaine réserve pour ne jamais blesser ou inquiéter qui que ce soit dans nos pratiques. C'est aussi cela notre responsabilité si l’on veut préserver et développer notre liberté.

Idem concernant la posture existentielle : elle est une posture debout, d’autant plus dynamique que les deux bras sont élevés à l’écart, les mains ouvertes, que le rachis cervical est en légère extension et que le muscle releveur des paupières est aussi très légèrement contracté. Bref, tellement cette posture mérite une fine description phénoménologique que l’on comprend pourquoi il est intéressant de la mettre en jeu dans un moment aussi fort que la rencontre avec l’énergie de l’univers. Pourtant, cette posture n’a échappé ni à nos représentations ni à nos interprétations, des plus symboliques aux plus scabreuses (arbre, antenne, guru, prêtre…). Une fois encore, restons plutôt centrés en notre corporalité pour contempler simplement nos multiples et fines capacités biologiques entrer en contact avec ces immenses potentialités et valeurs universelles.

La sémantique sophrologique reste encore source d’interrogation en 2016. Beaucoup sont convaincus de la nécessité d’utiliser une terminologie comprise par tous afin que le discours du sophrologue soit toujours plus compréhensible, cohérent et qu’il puisse le transmettre plus facilement à ses élèves. D’ailleurs pourquoi pas non plus à ses « patients » ou « clients » dans la mesure où ce langage est simple et permet de s’adresser à n’importe qui – pour qu’enfin on arrête d’entendre qu’ « il ne faut pas ennuyer les gens avec ça » et qu’on assume des termes certes techniques mais au moins explicites).

Charles Rodà en vient donc tout naturellement à nous conduire dans la pratique de la technique d’«  émergence-intégration » pendant 18 minutes avec un regard neuf et libéré. En ce qui concerne ma propre expérience, la première série d’activations vivantielles (IRTER) a fait s’installer autour et au long de ma colonne vertébrale une chaleur agréable qui me faisait vivre ma verticalité avec intérêt. J’ai éprouvé un sentiment de paix après avoir déposé mon corps dans une posture très confortable pour ma pause d’intégration. J’ai activé ensuite avec confiance les potentialités et capacités qui me permettent de vivre mon activité onirique avec toujours plus de lucidité. J’ai senti ma posture existentielle équilibrée, tendue et bien dynamique. La phase d’intégration fût très structurée, me donnant le sentiment de mon intégralité. Une fois assis, j’ai senti avec bonheur la douceur de mes tissus dans leur totalité. Mon séjour en Grèce était proche, j’ai pu imaginer que ces valences activées en moi seraient toujours présentes là-bas. Je ressentais alors la joie de me contenter de cette simple constatation passive.

Les rythmes biologiques veille/sommeil contraint par les fuseaux horaires ou un travail posté ont fait l'objet d'une question qui ne figure pas non plus au programme du jour mais qui vaut la peine d'être abordée (même s’il faudrait plus de temps pour bien la développer). Cela touche un thème cher au sophrologue à savoir l'hygiène de vie. Sommeil, alimentation, habitudes professionnelles et domestiques… nous nous penchons 30 minutes sur ces notions interdépendantes, ce qui nous permet de raviver au passage les stratégies que nous nous sommes donnés à nous-mêmes pour une existence en meilleure santé.

Charles Rodà présente ensuite le cas d'un sportif devenu paraplégique suite à une chute. L'accident est récent (un peu plus d'un mois). Nous questionnons la sophrologue qui a rencontré cet homme afin de faire un état des lieux et mieux cadrer la bonne approche face à une situation qui s'annonce tout de même délicate. La sophrologue s’est engagé avec prudence, à juste titre et repart certainement avec plus d’assurance, l’esprit nourrit par la guidance experte de notre superviseur.

L'entreprise revient au cœur des débats avec une question très pratique : comment se présenter dans ce milieu ? Bon nombre de sophrologues seront tôt ou tard amenés à fréquenter ce milieu plus ou moins codifié selon la taille, le domaine d’activité et les possibilités de l'entreprise. Heureusement nous avons aujourd’hui la chance d'écouter s’exprimer un sophrologue qui connaît très bien le milieu de l’entreprise pour le fréquenter depuis de nombreuses années jusqu’au niveau international étant lui-même entrepreneur. Jean-Marc nous offre ses conseils des plus sages et astucieux car l'entreprise est sans doute le domaine ou une certaine audace et de bonnes capacités à communiquer feront la différence. Ce qui ressort de ces discussions n'est autre que le besoin de savoir comment entrer dans ce monde pas toujours favorable ou généralement bien loin des préoccupations existentielles et philosophiques que nous cultivons en sophrologie. Ceci dit notre discipline contient des atouts qui peuvent séduire les directeurs de ressources humaines des plus sceptiques. La rentabilité est une notion qui est aussi familière au sophrologue : investir un quart d’heure de son temps pour un exercice sophrologique rapporte environ 2 heures de récupération physique et mentale pour peu que l’énergie dépensée soit bien concentrée !

Notions de futurisation et de prétérisation font aujourd’hui l'objet d'une mise au clair car le thème a été proposé d’une part et d’autre part, notre directeur estime que ces notions fondamentales doivent être rigoureusement intégrées pour nous permettre de les utiliser sans risque et surtout avec intelligence. Pour nous éclairer, il fait référence à ce que disaient Husserl puis Heidegger : « la vie est toujours devant soi ». De toute évidence, cette déclaration concerne notre advenir (action d’aller en avant) et en l’occurrence notre préoccupation majeure. Tous les actes que nous réalisons ne sont jamais qu’en vue de…  L’activation du paramètre de futurisation concerne donc tout le monde sans exception alors que seul un petit pourcentage aura recours à  l’activation du paramètre de prétérisation. Et puis chaque notion est révisée dans son aspect technique… notre assemblée de sophrologues regonflée à bloc pour trois mois !

Un cas présenté aujourd'hui demande à être traité avec précaution. Non qu’il s'agisse d’un cas complexe mais plutôt que les informations fournies dans la présentation sont quelque peu sommaires. Il nous faut donc avancer pas à pas et mettre en réduction des premières interprétations qui surgissent si l'on n'y prend garde. Pour répondre aux attentes d'un adolescent qui se plaint de douleurs au ventre lorsqu'il se rend à ses cours, il est nécessaire de lui poser des questions qui vont l'aider à préciser de quoi il s’agit exactement et pouvoir lui être utile sans passer à coté d’une problématique qui peut ne pas être du ressort du sophrologue. L’éventuelle organicité écartée il est alors possible de lui proposer un exercice basique et commencer, selon la vivance obtenue, à mettre en place avec lui un programme d’entrainement à la maison. A l’évidence le phénomène d’alliance en sera conforté.

La journée se termine, elle fut très dense. Charles Rodà met un point d'orgue à réexpliquer la technique de substitution de l'objet pour le sujet. Quelques interrogations bien légitimes se manifestent parmi les élèves en cours de formation (ils ont la chance de pouvoir participer à ce module de l'académie) mais qu'à cela ne tienne, nous aurons bien d'autres occasions de revenir sur un sujet aussi essentiel !