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Supervision collective

Compte-rendu de la journée du 4 septembre 2016

31 sophrologues se retrouvent et une pratique de futurisation libre nous est proposée à titre d’ouverture. Désormais la chance de partager sa vivance est saisie immédiatement après l'invitation de Charles Rodà à le faire. Même si l'exercice paraît simple (décrire sa vivance), il est important de le faire en conscience… du positif. Oui, car c’est bien là que notre superviseur nous attend ! Charles Rodà ne manque pas d'interrompre tout préambule, interprétation, appriori ou inapproprié qui ruinent la force de cet acte d’expression, véritable « technique » à part entière (donc on ne fait pas les choses comme on en a plus ou moins l’habitude). C'est bien les actes identifiés par lesquels la vie apparaît en nous que nous devons dévoiler et pas nécessairement le résultat de ces actes. Combien d’entre nous entendent régulièrement (ou se sont entendu dire eux-même) par exemple : « pour moi c’était bien ! » ? (jugement)

La sophrologue ainsi interrompue sans concessions (nous sommes entre nous…) mais avec tact par son superviseur pour les besoins d’un bref recadrage didactique poursuit donc sa description vivantielle avec cette rigueur d'attention qui devrait caractériser tout sophrologue conscient de sa responsabilité. Ce premier « électrochoc pédagogique » reçu, nous abordons, enthousiastes et renfloués, la question suivante : comment accompagner une personne mal-entendante ? Avez-vous remarqué que les termes officiels institués pour nommer certains handicaps sont parfois inconvenants ? C’est le cas ici car nous traiterons aujourd’hui d'un cas de surdité, non pas comme le laisse penser le terme de l’énoncé, d'une difficulté relative pour entendre. C’est un véritable défi que de transmettre une méthode à une personne qui n’entend pas. Le moindre des atouts pour le sophrologue serait de maîtriser au moins une bonne part du langage des signes. Nous soulignons aussi que les projections mentales de nos propres limites envers ce que (ou qui) nous ne pouvons pas comprendre risquent fort de faire échouer la rencontre. Établir un phénomène d’alliance serait dans ce cas un point de mire, une « bouée de sauvetage »  qui permettrait au moins à la rencontre d’être véritable. Après, il faut bien le dire l’expérience à partager dans ce domaine particulier nous manquait un peu aujourd’hui et sans outil d’expression adéquat (langage des signes ou autre…), il n’y aura peut-être pas ou en tout cas très peu d’activation. Il faut donc savoir accepter, profiter au moins d’une rencontre phénoménologique simple pour regarder cet autre sourd (voire muet) comme capable de bien d’autres choses…

Une question arrive ensuite : comment communiquer sur la sophrologie sans la dénaturer ? Voici qui réveille cette grande valeur d’authenticité que nous permet de cultiver notre discipline. C'est aussi une question qui peut diviser sur un plan stratégique. Sans la présence du sophrologue, le support de communication (internet, papier) – ce dont il s’agit – doit pouvoir informer de façon simple et vraie. Encore faut-il trouver le bon positionnement, identifier sa cible (selon les termes empruntés au « marketing »). L’impact visuel, les couleurs, les représentations (figuratives ou abstraites), les polices de caractères et les mots choisis permettront au même sophrologue de réaliser un document différent selon qu’il l’adresse aux PME, aux particuliers, aux institutions médicalisées, aux centres d’activités, associations, etc. Mais cela demande des compétences spécifiques et des moyens de temps et d’argent non négligeables. Il est plus réaliste de définir pour soi et pour un temps donné une stratégie ciblée, dans laquelle nous nous sentons le plus en accord et en désir afin de nous permettre d’acquérir l’expérience du terrain avant d’en conquérir un autre avec cette même qualité de communication (voire mieux) plutôt que de vouloir créer le document passe-partout (impossible !). Il existe d’innombrables façons de présenter la sophrologie, cependant le propos fondamental de la sophrologie reste le même ! Il faut donc faire attention à ce que l’on écrit noir sur blanc (et surtout blanc sur fond rose ou bleu pastel …) pour ne pas avoir à trouver en face déception, désintérêt, méfiance. Ceci dit, le dévoilement de la conscience commence obligatoirement par l’abandon de ses illusions. Nombre de prétendants à notre sophrologie n’accepteront pas ce sevrage au risque de dissoudre leur zone de confort. Tout au plus ce public souhaitera baigner grâce aux talents de certains conteurs dans une douce rêverie en conscience ordinaire. Pour le sophrologue, vouloir conforter l’autre dans ses vieilles habitudes de faire et de penser conduit tôt ou tard à l’échec (le plus tôt est le mieux). Bref, pour en revenir à la communication visuelle (écrite, illustrée), celle-ci possède ses propres codes d’expression mais le message conserve son âme profonde qui a intérêt à être perçue de chacun, au delà des codes. Une personne se lève et vient remettre son prospectus dépliant, à titre d’exemple, à la sophrologue qui a posé cette question… Nous pourrions dire aussi avec certitude que plus le support est réduit, plus le temps pour en prendre connaissance est rapide. Il est donc important de choisir les éléments visuels (mots et images) les plus représentatifs pour exprimer et illustrer notre propos. Si celui de la sophrologie peut se résumer à un dévoilement de la conscience, comment évoquer fidèlement cette notion sans tomber dans aride littéralisme ? Comment mentionner ou faire part de la cible (!) de la sophrologie (la vivance qui elle seule a pouvoir de transformation!) quand de suite sont jetés les promesses d’hypothétiques et illusoires performances ou, pire encore, guérisons ? Donner envie, oui mais pas n'importe comment ! C'est le résultat qui nous intéresse généralement, pourtant c'est en direction de nos actes conscients vers lesquels devrait pointer notre attention lorsqu’on est en recherche de mieux-être. C’est précisément ce qui fait la force de notre méthode qu’il convient d’annoncer.

Arrive la pause réjouissante qui offre le plaisir de savourer une originale et savoureuse infusion (bien concentrée!) savamment préparée par notre directeur…

Notre groupe de sophrologues de nouveau en place, Charles Rodà introduit l'exposé qui va suivre et qui doit nous permettre d’approcher encore un peu plus la réalité. Il évoque Michel Henry et leur « presque rencontre ». Ce regret exprimé par Charles Rodà nous donne la mesure de son admiration pour ce philosophe important du courant phénoménologique français. À noter que c’est bien la phénoménologie qui donne à la sophrologie l’essentiel de sa substance et sans laquelle elle ne serait, parmi tant d’autres, qu’une vague méthode de relaxation. Notre superviseur présente alors son diaporama titré «  Description vivantielle – phénodescription ». À juste titre d’ailleurs puisque les sophrologues les plus anciens avaient introduit une nuance sémantique qui aujourd'hui n'est en général plus entretenue, sans doute à cause du manque d’expressivité intrinsèque de ces deux « faux jumeaux ». Pour bien le comprendre Il est important de souligner l'importance du vecteur d'intégration que constitue le temps qui s'écoule. Entre l'instant même où le phénomène a lieu pendant l'entraînement (l'impact vivantiel – « Erlebnis » Husserlien), entre le moment de l'intégration en pause « intégrative » (l’onde de choc qui (peut) se propage(r) et dont nous pouvons encore être témoins) et le moment de la pause de totalisation (l’onde, la trace vivantielle est peut-être encore présente sinon représentée par le souvenir et(ou) présentifiée grâce à l'inspiration), il y a un monde ! Il est donc déjà bien tard (et loin) lorsque le sujet ouvre les yeux après sa désophronisation et se livre à l’acte de description (orale ou écrite). Pourtant ces mots prononcés à voix haute, sonorisés, ou ces mots écrits viennent heureusement compenser cet effet du temps (chronos) qui s'oppose naturellement à la présence radicale (Kairos) et tend à l’effacer. Que dire aussi de cet espace largement distancé (peut-être une heure après, ou le lendemain…) dans lequel la vivance n'est plus qu'un souvenir ? Ici, la grande force de ce que l’on désigne par « phénodescription »  réside dans la possibilité que nous avons de réactiver la vivance ou au moins son souvenir en déployant, grâce à une attitude réflexive, à notre rythme, tous les possibles linguistiques à notre disposition pour raviver ce qui d’habitude tend à être effacé. Le risque, par ce manque de fraîcheur, d’immédiateté, trouve le versant du quiproquo, de l’exagération, de la fabulation. En tous cas, nous ne pouvons le nier, la description vivantielle ainsi que la phénodescription sont indispensables pour l’obtention de résultats, lesquels ne seront pas nécessairement liés à la problématique du client (de ses attentes). Cette description ouvre l’accès au processus herméneutique propre à chacun et nous donne la possibilité de phénoménaliser les évènements qui résulteront du paramétrage de nos capacités. Revoir de façon détaillée le principe et l'intérêt multiple de la description vivantielle est un moment nourrissant.

Après la pause déjeuner de midi, Charles Rodà reprend le fil de son exposé sur la description vivantielle car il ne manquait plus qu'une partie a dévoiler à savoir : les conséquences d'un entraînement sophrologique faisant l'impasse sur la description vivantielle. Cela paraît peut-être évident mais le souligner ainsi permet de nous assurer du fait qu'un phénomène n’a de sens que s'il est repéré et nommé, décrit, discriminé en quelque sorte pour éviter toute banalisation, toute confusion voir tout obscurantisme.

Ensuite, nous abordons l’importance des postures d’entraînement. Certaines nécessitent encore d'être démystifiées. Mais puisque nous avions déjà fait un travail d'explicitation de la posture « existentielle » (originellement appelée « du quatrième degré ») lors de la supervision précédente (5 juin 2016), il était intéressant aujourd'hui d’imaginer ensemble une classification plus claire et authentique de ces repères méthodologiques fondamentaux que représentent les postures. Plusieurs idées sont échangées pour tenter de dégager un consensus parmi le petit échantillon représentatif de notre profession présent aujourd'hui. Nommer une posture, c'est déjà s’offrir le luxe d'une représentation du corps (contemplation externe). Les qualificatifs « du premier, du deuxième, du troisième degré, etc. » ont-ils toujours le même intérêt aujourd'hui qu’auparavant ? Ces termes peuvent paraître équivoques au regard des 12 degrés de la méthode. Comment nous adresser à nos élèves (et nos clients les plus septiques) dans un langage plus universel et véritablement pratique ? La clé d'un ajustement sémantique concernant nos postures d’entraînement ne réside-elle pas dans le recours à une classification usant des termes empruntés directement à la corporalité et ses modalités toniques ? Posture debout, assise, qualifiée de relâchée (passive ?), active, dynamique… ne décrirait-il pas plus clairement les diverses manières de positionner notre corps pendant les séquences d’entraînement ?

Le besoin de pratiquer se manifeste dans le groupe : nous nous livrons à un exercice de réduction phénoménologique (APEN :  activation du positif / évacuation du négatif) que nous appliquons à deux reprises sur un système de notre choix. Deux personnes partagent successivement leur propre expérience avec l’attitude réflexive exigée par notre discipline, éclairées par l’analyse vivantielle de notre superviseur qui permet aux deux sophrologues d’aboutir à une pleine intégration. C’est simple, sincère, efficace et comme toujours cela donne envie de le vivre une nouvelle fois, de se donner le temps d’approfondir la présence du corps et de l’esprit dans la conscience.

Libérés de nos idéalités, nos présences renforcées, il est temps de passer à un sujet complexe, celui des troubles cognitifs et de l’intérêt de la sophrologie dans la prise en charge de ces derniers. Charles Rodà ouvre le débat au moyen d’une projection écran dynamique et structurée. Il nous présente les différents signes avant-coureurs qui conduisent à suspecter pour une personne ou son entourage ce qu’on peut désigner comme un phénomène de perte progressive de connaissance des choses ou de soi. Notre corps vieilli naturellement et ses fonctions cognitives peuvent être mises à mal par le temps. Qu’il s’agisse à l’extrême de la maladie d’Alzheimer, de démence sénile ou de tout autres troubles cognitifs, nous sommes tous concernés à des degrés divers. L’entrainement sophrologique dans son application la plus basique favorisant l’entrainement à l’« attention »  et à la « concentration »  se révèle comme un outil de choix non seulement dans la prévention mais aussi dans la prise en charge des troubles cognitifs. De plus en plus est souligné l’intérêt d’une prise en charge systémique – établissements, soignants, sophrologues et familles - dans les situations les plus avancées.