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Supervision collective

Compte-rendu de la journée du 11 décembre 2016

Le premier thème programmé aujourd'hui résumait une question posée par l'une des sophrologues participants. Rappelons en effet que ces supervisions collectives offrent la possibilité à tout sophrologue professionnel ou en cours de formation académique de participer à l'élaboration du programme de nos journées trimestrielles en faisant parvenir à l'avance au directeur superviseur une question, un souhait ou la présentation d'un cas concret pour lequel on souhaite une aide, une idée constructive voire un moyen de débloquer une situation plus ou moins complexe.

Alors cette question fut posée dans ce sens : "peut-on faire pratiquer la respiration abdominale à une femme parvenu au sixième mois de sa grossesse" ? La formulation originale précisait un élément vivantiel caractéristique, à savoir que cette femme était presque constamment essoufflée. Est-il alors possible de descendre son diaphragme alors que le fœtus occupe une place importante dans son abdomen ? Le cas exposé puis la sophrologue interrogée, se succèdent plusieurs avis spontané de collègues qui se veulent rassurants : femmes qui ont éprouvé la grossesse, homme tentant non sans humour de partager sa perception d'un phénomène qui lui est fondamentalement étranger mais qu'il aborderait avec douceur et confiance en tant qu'accompagnateur. Une autre collègue attire notre attention en demandant si cette vivance apparue dans la conscience de cette maman avec la pratique sophrologique ou si au contraire si elle était à l’origine de sa demande d'être accompagnée en sophrologie. Enfin Charles Rodà recentre le débat sur le problème physiologique, précise pourquoi la respiration et la ventilation sont deux phénomènes différents et rappelle pour l'occasion les facteurs sociaux modernes qui ont conduit malheureusement à ce qu'un phénomène aussi universel et radical soit devenu parmi beaucoup de jeunes femmes source de méconnaissances et d'anxiété.

Ceci nous amène tout naturellement à un exercice pratique, lequel consiste à nous entraîner à l'expiration – à supporter l'apnée plus facilement. Chronomètre en main, notre « entraîneur-superviseur » nous invite à mesurer cette capacité à retenir puis libérer l'air inspiré se développer pour certains d'entre nous dès la deuxième des trois répétitions. Nos bras levés lorsque nous sommes emplis d'air et abaissés lorsque nous sommes aux confins de notre hypoxie (et par conséquent obligés d’inspirer à nouveau) lui permet de conduire ce test sans oublier personne. Supporter l'état d'anoxie générale, voilà qui nous remet à notre condition humaine ! Exercice ultra simple dont le principal objectif, hormis celui qui pourrait sans doute nous permettre à plonger sans oxygène au large de côtes grecques parmi les compétiteurs les plus doués, est de gagner en sérénité, d'augmenter notre capacité respiratoire (ce qui au passage se révèle judicieux recours en cas d'asthme et ceci sans effets secondaires). Répété deux ou trois fois dans la journée, 10 jours suffiraient en moyenne pour doubler cette capacité !

La notion de sentiment radical a fait l’objet d'une demande de définition et cela nous a permis aujourd'hui, comme d'habitude d’aboutir à une grande clarté. Nous décortiquons chacun de ces deux mots avant de les réunir à nouveau pour en faire apparaître le sens véritable. C'est aussi une belle occasion d'élargir notre réflexion philosophique (au sens du raisonnement qui conduit à la vérité). La racine d’une chose est constitutive de l'origine de cette chose. Le sentiment est souvent confondu avec la sensation, la perception, l’intuition, l’idée, l’émotion. Les sentiments vont s'amplifier au fur et à mesure que se dévoile la conscience. Par exemple, faire un effort fait apparaître le sentiment de l'effort et non l'effort lui-même. Quelque chose qui est de l'ordre de l’émergence de la vie. Plus radical que l'émotion (traduction du sentiment effectué par le corps). Si nous repérons et que nous prenons l'habitude de repérer ce sentiment, cette radicalité, par le développement de la conscience, alors nous pouvons être au plus près de l'émergence de la vie. Lorsque nous disons que nous éprouvons de la colère ou de la joie, de la paix etc., c'est en réalité le sentiment que nous avons de ce que traduit notre organisme par l'émotion.

Après une pause pour prendre une infusion, nous traitons une question sur l'usurpation des titres professionnels en général, histoire de voir plus clair et de rassurer. Pour aspirer à une officialité, nous disposons enfin depuis quelques années déjà d’une certification (RNCP : Répertoire national des certifications professionnelles) qui est une véritable reconnaissance au niveau national de notre profession de sophrologue.

Puis un participant présente une information de la chambre syndicale des sophrologues concernant l'attribution d’un codes APE (Activité Principale Exercée). Il en existe deux pour notre profession lorsque l'on se déclare à l’administration. Avec cet état des lieux juridique, nous réalisons que même si la profession est enfin officiellement reconnue par l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) elle n'en est pas pour autant correctement identifiée. En effet nous nous trouvons tous ici consternés de découvrir que nous pouvons être « classés dans le même tiroir » avec des rebouteux… (eux-mêmes et ainsi reconnus), les services pour animaux de compagnie, de recherche généalogique, studios de tatouage et de perçage corporel, cireurs,  l’exploitation de machines de services personnels fonctionnant avec des pièces de monnaie (photomatons, pèse-personne, appareils de mesure de la tension artérielle, consignes à pièces, etc.). Étonnant n’est-ce pas ?

Ensuite une sophrologue tenait à nous présenter ses recherches sur l'existence de quelque code déontologique, charte, ordre, etc. concernant les sophrologues professionnels. Elle évoque ensuite les dispositions légales qui encadrent le secret professionnel auquel nous sommes soumis et qui est davantage sérieux dans la mesure où il nous engage de façon réelle sur le plan juridique – ce que ne procure pas le cadre de tel ou tel code déontologique non connu officiellement par l’État, contrairement à celui établi par l'ordre des médecins, architectes etc.  Cette question d’ordre juridique avait d’ailleurs été traitée un peu plus longuement lors de notre rencontre du 14 décembre 2014.

Le temps d'un exercice pratique se présente à nouveau et nous permet de réviser notre approche du deuxième degré de la relaxation dynamique, d'entraîner ces merveilleuses capacités que sont notre goût et notre odorat. Surprise : Charles Rodà a prévu un support pour stimuler nos vivances : une enveloppe contenant de quoi sentir et goûter réellement !

Après cette pratique et le partage de quelques vivances, Charles Rodà nous rappelle aussi l’importance de la mastication et la salivation pour expliciter la notion d’alimentation (la manière d’absorber les aliments). Ces éléments vivantiels sont des subtilités qui permettent à notre corps profond d'entrer vraiment en communion avec ce que nous absorbons…

Nous abordons après cela un thème qui ne figurait pas sur le programme du jour. Charles Rodà s’adresse au préalable à notre assemblée pour demander si quelqu'un possède une expérience dans le domaine de la maladie de Parkinson ou de la sclérose en plaques. Comme personne ne prend la parole, notre superviseur continue pour expliquer pourquoi la sophrologie lui semble représenter une indication intéressante pour les personnes affectées par l'une ou l'autre de ces maladies neuro-dégénératives. Bien entendu et comme toujours, l’attention que nous pouvons porter aux symptômes d’une maladie ne sert qu’à connaître mieux les modalités avec laquelle la vie peut se montrer au malade et en aucun cas nous inciter à objectiver ces symptômes, encore moins à les traiter.

Malheureusement, il n’existe pas de « légères » dépressions tel qu'on peut le croire, à la lecture de la question posée par une sophrologue de notre assemblée. Pour y répondre clairement, notre directeur présente à l'écran un certain nombre d'informations utiles concernant un phénomène que nous pouvons rencontrer fréquemment parmi nos cas. Nous profitons d'un grand tour d'horizon sur les différents processus dépressifs. Nous comprenons que les états dépressifs ne sont pas tous négatifs (phase de réorganisation). Quel que soit la complexité du diagnostic, qui du reste nous échappe et n’est pas de notre responsabilité à moins d’être médecin, nous ne risquons rien en commençant avec nos outils de base. Le problème majeur du dépressif est une perte de confiance, une dévalorisation de soi. À partir de là, le sentier de l’entraînement sophrologique peut  être emprunté par toute personne en situation de mal-être accompagnée par tout sophrologue confirmé porteur d’une solide formation.

C'est à ce stade de la journée que les choses se compliquèrent peut-être un peu : comme on dit « un train peut en cacher un autre. », un cas peut en cacher un autre. Ce thème N°5 s’est avéré être plus complexe après quelques éléments supplémentaires apportés par notre collègue sophrologue qui suit cette adolescente depuis plus de 6 mois. Le climat familial délétère a conduit à l’obligation de cesser toute poursuite de prise en charge sur le plan sophrologique.  Ce cas illustre bien la situation d’isolement dans laquelle se trouve parfois le sophrologue qui malgré sa bonne volonté se trouve confronté à une situation de mise en échec déstabilisante pour ne pas dire culpabilisante. Il démontre aussi l’intérêt de nos rencontres où il est possible, dans le « raisonner ensemble » et dans l’expression des valeurs de chacun, de trouver des éléments de réponses non seulement pour le cas exposé mais pour le sophrologue lui même. Le penser avec son esprit est simple, le vivre avec sa totalité est un tout autre défi. Voilà pourquoi l'échange entre sophrologue, dans un contexte de supervision collective représente une force d’épanouissement professionnel.

Le souhait positif n'a rien d'une prière « nian-nian » ni ne relève de la « pensée positive » laquelle consiste à considérer ses désirs comme des réalités avant même tout déclenchement d'un processus herméneutique. Notre superviseur insiste sur ce point crucial de la méthodologie qu'il vaut mieux intégrer pour ne pas se tromper soi-même ni les autres. Le souhait positif s’éprouve grâce à une technique opérante et véritablement plus sérieuse que ne le promet la traditionnelle « bonne résolution » émise en fin d'année et qui généralement ne survit pas au-delà du 15 janvier. Alors pour bien comprendre l'essence de ce souhait positif, Charles Rodà commence par nous demander ce qu’évoque chez nous le terme « souhait ». À nouveau les mots fleurissent et se font écho jusqu'à ce qu’un synonyme particulièrement évocateur émerge et nous plonge au cœur du débat philosophique. L’activation des trois capacités fondamentales de la conscience que le Pr. Caycedo a volontairement introduit à la fin de nos entraînements comme une sorte de « routine » positive, peut faire l’objet d’une véritable séquence centrale lors d’une pratique. Les valences de ces capacités, c’est à dire leurs unités radicales (cf. 3e théorie caycedienne) pourront être mobilisées de temps en temps avec cette façon de pratiquer. Presque tous les actes de conscience que nous mobilisons en sophrologie sont « activation » : activation vitale, activation du positif, activation des capacités, etc. alors le fait de préciser peu à peu le mode de ces activations intra-sophroniques (tel est en principe le terme générique) permet à la fois de faire un travail qui permet de casser cette routine tout en affinant notre vivance. Formulation d’un « souhait positif » ou – devrait-on plutôt dire comme notre directeur l’avait justement proposé en décembre 2014 – « formulation positive » d’un souhait car c’est bien la manière dont nous allons penser intérieurement (et même prononcer mentalement) ce désir qui nous habite qui va faire la différence et qui a le pouvoir de nous protéger de toute duperie. J’invite donc le lecteur à parcourir le détail du compte-rendu de la supervision de décembre 2014 pour en savoir plus.

Enfin, Charles Rodà introduit le dernier thème qui sera traité aujourd'hui en citant les propos d'une personne accompagnée par une de nos collègues ici présente. Cette personne avait confié dans un e-mail adressé à sa sophrologue que ces séances de pratique lui faisait du bien et qu'elle était en réalité atteinte d’une maladie. Voici le message original : « ce petit message pour t’expliquer pourquoi je suis tes cours : j'ai des crises d'angoisse par moment et dans certaines situations cela gâche ma vie. De plus, j'ai une maladie auto-immune : la maladie de Basedow. Tes séances me font du bien, je t'assure. » Au passage, Charles Rodà nous fait remarquer combien ce genre de confidences peut être appréciable dans les moments de doute que nous pouvons rencontrer en tant que sophrologue. Se voulant rassurant et lever tout complexe, notre directeur nous rappelle qu'il n'est pas nécessaire d'être médecin pour faire du bien autour de soi. Comme notre collègue sophrologue souhaitait en savoir plus sur cette grave maladie, Charles Rodà commence par en donner la définition puis il décrit les symptômes principaux de cette maladie auto-immune (« que l'organisme dirige contre lui-même ») dont les plus spectaculaires sont le goitre (gonflement de la base du cou dûe à une hyperactivité de la glande thyroïde) et l'exophtalmie (les yeux exorbités). Charles Rodà évoque ensuite les causes biologiques et les trois traitements à disposition de la médecine pour soigner cette maladie (iode radioactive pour détruire la glande surdimensionnée ; ablation chirurgicale ; antithyroïdiens de synthèse) qui tous ont une efficacité comparable. Cependant, nous notons que les risques de rechute sont moindres avec l’ablation chirurgicale. Concernant la sophrologie ? Rappelons que cette méthode qui ne se présente pas comme une thérapie peut cependant permettre, aux personnes atteintes de cette affection ou de tout autre pathologie, de vivre leur état d’une manière différente, plus responsable, facilitant ainsi toute démarche thérapeutique. En effet, une phase de déprime « Basedowienne » – si l'on peut la qualifier ainsi pour l’exemple – ne se résoudra probablement qu'au moment où l'on aura commencé à traiter la déficience métabolique d’une façon classique, c’est à dire d’une façon médicale, le rôle de la sophrologie étant d’accompagner ce qui n’exclue pas que parfois ses résultats soient au delà de nos espérances.